La tragédie du lac Tchad

Le numéro de mars 2018 du magazine la Chronique, réalisé par Première Urgence Internationale, est consacré aux populations vivant autour du lac Tchad. La rubrique « Interview » donne la parole à Catherine Araujo Bonjean, chargée de recherche au CNRS (Centre National de Recherche Scientifique) et qui travaille au CERDI (Centre d’Etudes et de Recherches sur le Développement International) à l’université de CLermont-Ferrand. Elle parle du lac Tchad et de son assèchement.

Quelle est la particularité de la crise dans la région du lac Tchad ?
La présence du lac Tchad donne à la crise un caractère particulier. Cette ressource extraordinaire, pour une région aussi aride, aurait pu apporter une certaine prospérité aux habitants de la zone. Mais le lac Tchad est devenu le symbole même de la tragédie des communs, c’est-à-dire de la mauvaise gestion d’une ressource en accès libre. L’assèchement du lac est en grande partie la conséquence de sa surexploitation par les pays riverains qui n‘ont pas réussi à s’entendre pour le gérer de façon durable. La multiplication des barrages sur les cours d’eau qui l’alimentent et des prélèvements surdimensionnés pour l’irrigation expliquent l’épuisement de la ressource en eau. A cela s’ajoute, dans tout le Sahel, une baisse du niveau moyen des précipitations depuis la fin des années 60.

Quel est l’impact de cet assèchement pour les populations ?
Avec l’assèchement du lac, des terres fertiles disparaissent, les pâturages se réduisent et les ressources en poissons diminuent, provoquant un appauvrissement des populations qui tirent leurs moyens de subsistance de ces ressources. La concurrence entre agriculteurs, éleveurs et pêcheurs pour l’accès à des ressources de plus en plus rares augmente, et les conflits deviennent plus fréquents.
Cette situation amène à une pauvreté endémique qui fait le lit du terrorisme. C’est le principal problème auquel est confronté la région aujourd’hui. Les violences liées au groupe terroriste Boko Haram se sont étendues à toute la région du lac engendrant des déplacements massifs de populations et une crise alimentaire sévère qui touche le Nord-Est du Nigeria, le Nord du Cameroun, l’Ouest du Tchad et le Sud-Est du Niger.

Quelle serait la solution à long terme?
Selon moi, la priorité est de rétablir la sécurité des biens et des personnes pour que les agriculteurs, éleveurs, pécheurs de la région puissent investir de façon durable dans leurs exploitations. Cela implique une coordination étroite des quatre pays riverains, sur le plan politique et économique, pour combattre le terrorisme et instaurer un mode de gestion durable des ressources fournies par le lac. Sans cette approche collective, la crise va durer et la région du lac Tchad aura encore malheureusement sa place dans la liste rouge de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) des régions en « crise prolongée ».

Pour lire la Chronique C126 dans son intégralité

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *